Trois termes pour une grande confusion. Nous avons pris l’habitude de jongler avec les termes ‘jean’,’jeans’ et ‘denim’ – même dans les blogs les plus avisés… – sur un air de synonymie. Or, pour être précis, nous devrions plutôt parler de toiles de jean et de denim, et porter des jeans. Pourquoi ? Une petite apnée dans l’histoire va nous renseigner.

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Le jean

Le jean est une étoffe, de la toile, que les anglais, particulièrement mais pas uniquement, utilisaient, dès le moyen-âge pour confectionner des vêtements.

Cette étoffe a une armure sergée, obtenue par entrelacement de fils produisant un effet de trame oblique. Ce tissu a alors un côté lisse et un côté tramé. Les serges étaient produits en de nombreux endroits dès le XVIe siècle, et étaient alors composés de fils de coton d’une part, et de fils de laine ou de lin d’autre part.

Parmi les plus réputées figurait la toile de ‘Gênes’, qui une fois importée sur le sol d’Angleterre, et anglicisée, se prononçait évidemment ‘jean’ [d3i:n]. La toile de jean est unie : tous les fils sont de même couleur et teinté à coeur. A l’époque, les teintes marrons étaient les plus courantes, mais on trouvait également du jean blanc par exemple.

Le jean ne s’est plus composé, très vite, que de coton. Le succès et la diversification de la gamme de tissus de coton fait apparaitre au 18e siècle un nouveau venu : le denim.

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Le denim

Le denim est également un sergé de coton, mais LA différence avec la toile de jean est que le denim est un entrelacement d’un fil de trame clair (en général écru) avec un fil de chaîne teinté. A noter que cette teinture n’est pas ‘à coeur’, ce qui explique le processus progressif de délavage.

Le denim le plus répandu est aujourd’hui composé de fils écrus d’une part, et bleu indigo d’autre part, mais on retrouve dans les catalogues de vente dès le milieu du 19e, des denim de toutes teintes, et même des modèles fantaisies (trames de dessins).

Et là, les nîmois se trémoussent en pensant ‘mais quand parlera t-on de nous ???’. Nîmes produit effectivement dès le 16e siècle un sergé. Il est indéniable que le denim hérite son nom du sergé de Nîmes, qui, au fil du temps, est devenu un procédé plus qu’une origine de fabrication. Comme le frigo si vous voulez… Mais là s’arrête la filiation, car le sergé de Nîmes était composé de laine et parfois de soie.

Jean et denim sont aussi produits par les manufactures aux Etats-Unis au 19e siècle, et les catalogues de vente distinguent bien ces deux étoffes, la première étant beaucoup plus rugueuse et solide que la seconde. Des maisons de confection proposent des redingotes, des vestes, des pantalons en jean ou en denim, dans des teintes marrons, noires, blanches, bleues, etc.

Une gamme de vêtements nouvelle apparait alors : les ‘overalls’ (vêtements de dessus), des combinaisons, salopettes et pantalons destinés à être enfilés par dessus les vêtements habituels, destinés à de nombreuses professions. Les overalls en jean sont moins confortables que ceux en denim.

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Le jeans

Le jeans tel que nous le concevons aujourd’hui, désigne en fait un pantalon en denim, d’une forme précise. L’évolution du ‘sur-pantalon’ en toile de jean vers la paire de jeans en denim est très progressive et nébuleuse. Levi Strauss en est indéniablement l’un des acteurs, ses modèles de pantalon datant des années 1870-1890 retrouvés, dotés d’une ceinture à boutons, de patte de resserrement, de poche plaquée au dos, demeurant les plus authentiques ancêtres des jeans actuels.

Publicité Levi's années 1950 Le jeans est une dénomination commerciale qui n’apparaît dans les catalogues que dans les années 1930 : il désigne un pantalon (non plus un sur-pantalon donc) en toile de jean. Le glissement du vêtement de travail vers le vêtement de loisirs amène naturellement les fabricants à privilégier le denim, plus confortable, au détriment du jean, et à employer un terme distinctif (jeans plutôt que overall). La teinte bleue s’impose également avec le denim.

Le jeans (la coupe de pantalon) en jean (l’étoffe) devient le jeans en denim lorsque le style ‘western’ s’impose aux Etats-Unis dans l’entre-deux-guerres. Il ne fait pas l’unanimité puisque Levi’s himself n’abandonnera le terme ‘overall’ au profit de ‘jeans’ pour désigner ses pantalons en denim que dans les années 1960 !

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En bref

Jean : étoffe en coton à armure sergée d’une seule couleur

Denim : étoffe en coton à armure sergée bicolore.

Jeans : pantalon d’une forme précise, en denim.

source : ‘histoire du jeans’ – Paris musées
A lire également : histoire du jean
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